Salem est une série diffusée pour la première fois en 2014, créée par Adam Simon et Brannon Braga et dont le but est de nous plonger dans la ville du même nom au XVIIe siècle, quand l'angoisse des sorcières est à son apogée. Il y a beaucoup de points à aborder par rapport à cette série mais je précise toutefois que mon avis ne se basera que sur la première saison.


Le scénario

Celui-ci est assez simple et repose sur deux éléments : des sorcières exercent leur culte à Salem, le but des religieux est donc de les débusquer. Les sorcières, quant à elles, visent un tout autre dessein : à travers le Grand Rite, elles comptent débarrasser cette ville de tous les non sorciers afin d'y établir une nouvelle terre propice à la magie.
SalemLe scénario est plutôt efficace et bien pensé. On se concentre réellement sur la thématique de la sorcellerie et l'ampleur qu'elle prend dans le Salem du XVIIe siècle. Les détails ne nous sont, bien sûr, pas épargnés : scènes de tortures physiques et mentales, pendaison, exil, noyade... Bref, il n'était pas bon être une femme à cette époque et la série ne déroge pas à cette réalité. Plus l'histoire progresse, plus l'étau se resserre autour des sorcières qui n'ont pas encore été démasquées. Les religieux s'affolent et s'inquiètent, la panique est palpable et finit par contaminer ces braves gens qui tombent progressivement dans une sorte d'hystérie poussée par les religieux. La course contre la montre est bien menée, de manière très progressive et lente au début et évolue d'épisode en épisode. Le spectateur retient son souffle pour le grand final tant attendu. 

Les principaux réfractaires de cette série relèvent la lenteur des premiers épisodes et la pointent du doigt comme s'il s'agissait du pire défaut. Ici l'action se met en place tranquillement mais sûrement, on ne va pas vous mâcher tout le travail et l'angoisse arrive d'épisode en épisode, sans cliffhanger à tout bout de champ (Hello Walking Dead). Non, le but est réellement de suivre le combat des deux camps du (presque) début à la fin. Scénario qui aurait pu atteindre une très bonne note s'il n'y avait pas eu, au beau milieu de ce chaos, une histoire d'amour qui devient un peu trop centrale au fil des épisodes, en venant même à desservir cette série selon moi. 

Le traitement des sorcières / de la sorcellerie 

Il existe deux catégories de sorcières pour deux catégories de sorcellerie. Il y a d'un côté les sorcières de sang, leurs ancêtres étaient sorciers avant elles, puis d'un autre côté les sorcières qui offrent un présent au Diable (ce qu'a fait notre personnage principal) et se voient dotées de grands pouvoirs afin de débuter l'art de la sorcellerie. Il est très rassurant de voir que toutes ces sorcières (ou une grande majorité) sont des femmes fortes et intelligentes. Autre chose intéressante : les sorcières ne sont pas les seules à être pourchassées par les religieux, même si la grande majorité est féminine, ces derniers s'attaquent aussi aux sorciers (qui sont également présents dans la série et ont, eux aussi, leur importance). On retrouve de grands classiques du thème de la sorcellerie avec les sabbats, les familiers, les cas de possessions / envoûtements. Tous les acteurs ne sont malheureusement pas crédibles pour le rôle (notamment la servante Tituba incarnée par Ashley Madekwe qui se contente de s'armer de la même expression d'un bout à l'autre de la série) mais Janet Montgomery (Marie Sibley dans la série et personnage principal) réussit malgré tout à relever le niveau grâce à une très bonne présence et de tout aussi bonnes connaissance et compréhension de son personnage, tout en nuances. 


Le traitement homme / femme

Il est intéressant de constater que dans cette série, le spectateur est toujours poussé à croire que les femmes de Salem sont toutes-puissantes. Je lis de nombreuses critiques qui parlent de féminisme. J'ai moi-même reconnu un peu plus haut qu'au niveau du traitement de la sorcière, cette série réussissait haut la main à nous dépeindre des personnages intelligents et forts, dont les rites correspondaient assez bien à l'image que j'avais de la sorcellerie. En est-elle toutefois une série féministe pour autant ? Là est toute la question. Dans Salem les femmes sont décrites à la fois comme intelligentes et tout aussi capables que les hommes (d'un point de vue « professionnel » : notre personnage principal est membre du conseil des dirigeants de Salem et prend d'importantes décisions pour la ville, a de grandes responsabilités), et à la fois comme des êtres nuisibles et dangereux, tentateurs, qui ne respectent pas leur engagement et ne peuvent être fiables (d'un point de vue « personnel » : vis-à-vis des différentes relations et amourettes de la série). Les hommes sont quant à eux dépeints comme les victimes de ces femmes qui les tourmentent et les manipulent. Ce sont eux qui, de plus, sont chargés de rétablir l'ordre dans Salem afin de sauver tous ces pauvres gens d'une menace certaine et sordide : ils sont les héros, les sauveurs. La morale de cette première saison est toutefois satisfaisante (SPOILER ALERT) : ils ne parviennent pas à accomplir leur mission et font sombrer la ville, n'ont pas été assez rapides et intelligents face aux sorcières. Le retournement est intéressant, mais cela fait-il de Salem une série féministe ? Vous avez quatre heures. 

Le bonus qui fait plaisir

Le générique et sa musique (réalisée par Marylin Manson) : simplement exquis.


Conclusion

Une série intrigante avec du vrai mordant et un rythme lent qui ne fait que progresser d'épisode en épisode. Les personnages ne sont pas tous charismatiques et intéressants mais l'univers l'est assez pour se laisser tenter. On aurait bien zappé les histoires d'amour secondaires et réduit l'impact de la principale, mais après tout... le reste est au rendez-vous. Entrez, hantez, laissez-vous donc ensorceler.