Twinkle stars

Natsuki Takaya

Twinkle Stars, le chant des étoiles (Hoshi wo Utau)

Editeur : Delcourt

Date de parution : 13mai 2009-30 novembre 2011.

11 tomes

 

Biographie

Natsuki Takaya est née à Shizuoka (sud de Tokyo) le 7 juillet 1973. Son manga le plus connu est Fruits Basket qui a eu un grand succès aussi bien au Japon (elle a reçu le prix Kodansha) qu’en France. Il a aussi été adapté en anime de 26 épisodes qui reprend les 6 premiers tomes du manga, alors que celui-ci en compte 23, mais au moment de l’anime, le manga n’était pas encore terminé.

Depuis, la mangaka a publié d’autres mangas, notamment Liselotte et la forêt des Sorcières qui est actuellement en pause.

Synopsis

Shiina Sakuya vit avec son cousin Kanadé dans une maison au bord de la mer. Un jour, elle rencontre Aoi Chihiro, qui l’intrigue. Ce dernier lui offre un cadeau le jourmême, qui est aussi le jour de son anniversaire, avant de disparaître. Sakuya alors n’aura de cesse de le chercher pour pouvoir le rencontrer à nouveau, intriguée par ce mystérieux personnage.

Elle le retrouve finalement dans son lycée où il a été transféré, cependant, ce dernier fait comme si rien ne s’était passé, préférant rester froid et indifférent à ses tentatives pour engager la conversation ou pour lui montrer sa sympathie. Sakuya ne comprend pas ce revirement de situation et la raison pour laquelle il la repousse. Pourtant touchée par la mélancolie du jeune homme, et se souvenant toujours de cette soirée où ils ont discuté comme s’ils étaient de vieux amis, elle se rend finalement compte qu’elle est tombée amoureuse de lui.

Commence alors une histoire douce et tendre, comme Natsuki Takaya sait si bien les faire. Les personnages se croisent, s’évitent, se comprennent mal mais se ressemblent pourtant : il faut néanmoins faire beaucoup de détours pour arriver enfin au point d’arrivée.

[Attention spoilers]

Une patte graphique très « fruits basketienne »

Quiconque connaît un tant soit peu l’œuvre de Natsuki Takaya ne sera pas dépaysé au contact de ses dessins, qui affermit ce qui était amorcé par la dernière moitié de son manga à succès Fruits Basket. Des personnages aux traits particulièrement fins, des doubles pages pleines de poésie, des alternances entre des cases de dessins et de purs moments de poésie retranscrivant les pensées des protagonistes : telles sont les marques de fabrique de Natsuki Takaya, qui remplit ses cases et ses trames avec la même douceur et la même nostalgie que pour sa corbeille de fruits.

Les traits sont bien affirmés, moins brouillons que dans ses premières séries ou One-shots. Les personnages ne sont pas sans nous rappeler les personnages de ses précédents mangas, tout en s’en distinguant par leurs personnalités différentes, et une histoire qui reste ancrée dans un réalisme qui lui donne aussi plus de gravité qu’il y en avait dans Fruits Basket. L’humour est moins présent, les thèmes sont sensiblement les mêmes, mais traités avec une maturité qui rend le manga beaucoup plus adulte qu’on pourrait s’y attendre.

Le « chant des étoiles »

Le « chant des étoiles » est le sous-titre donné à Twinkle Stars qu’on peut traduire par ailleurs comme « les étoiles scintillent ». Le titre vient du fait que l’héroïne, Sakuya voue une passion particulière à ces astres. Fondatrice du club d’astronomie qui ne compte que 3 membres (Sei, Yuuri, et Sakuya) puis 4 avec l’arrivée de Chihiro, elle a toujours considéré les étoiles comme des astres bienveillants. L’étoile est d’ailleurs le fil conducteur de l’histoire, elle considère par exemple Chihiro comme une « étoile solitaire » qu’elle aimerait atteindre. (« Cette étoile ne se rend pas compte de sa solitude » Tome 5) A chaque moment de faiblesse ou de tristesse, elle s’en remet toujours aux étoiles. Dans le flash-back où Kanadé se remémore leur rencontre, le premier contact qu’il a avec elle, se fait par un livre d’astronomie. Elle lui raconte ainsi que les étoiles « chantent », ce dont il se moque ouvertement. Par la suite, forcés de cohabiter ensemble, ils finissent par se rapprocher au moment où Kanadé se sent le plus désemparé.

Une réalité aigre-douce

La particularité de Natsuki Takaya réside dans la poésie qu’elle parvient à distiller dans ses histoires. Remplis d’humanité, de sentiments, de tristesse, ses chapitres laissent une empreinte particulièrement forte dans l’esprit du lecteur.

Les thèmes abordés traitent à la fois de la différence, de la tolérance, de la solitude, du désir d’être soi, et de la peur d’être repoussé et donc de la difficulté à faire confiance à autrui. De même les conflits familiaux, la maltraitance des enfants, le harcèlement moral, le mal qu’on peut s’infliger à soi-même sont autant de thèmes que l’auteur traite avec délicatesse.

S’il y a bien une chose que la mangaka dénonce dans ses histoires, c’est bien l’injustice, surtout celle subie par les enfants. Celle-ci vient surtout de la famille des personnages qui évoluent rarement dans un milieu paisible et sans problème. Un membre de la famille est toujours responsable de l’exclusion de ces personnages, qui finissent par ne plus pouvoir compter que sur eux-mêmes. S’il y a une possibilité de sortir du cercle familial infernal, il faut sortir de chez soi.

Sakuya a été abandonnée par sa mère quand elle était toute petite ; son père ne fait pas grand cas d’elle et la traite comme un fardeau ; sa belle-mère lui fait clairement comprendre qu’elle ne la traitera jamais comme sa fille, malgré tous les efforts de la jeune fille pour se faire aimer. Son cousin Kanadé, jeune homme aux résultats scolaires brillants, subit la pression de ses parents qui refusent de le voir échouer. Cependant, le jeune homme qui n’est encore qu’un adolescent finit par craquer et s’enferme dans sa chambre une année durant sans communication aucune avec l’extérieur. Chihiro, qui a peu connu son père, pour sa part, fut obligé de grandir vite auprès d’une mère volage évoluant au gré de ses petits amis, se souvenant de la présence de son fils qu’après chaque rupture. Si chacun d’eux vit différemment ce rejet familial, ce sont néanmoins trois personnages « blessés par la vie ».

S’ils se ressemblent et se reconnaissent, c’est parce qu’ils sentent au plus profond d’eux-mêmes qu’ils ont éprouvé des sentiments similaires, des pensées communes (« Chihiro, tu es tout seul ? Comme moi. On est pareils. » Tome 6). Néanmoins, si chacun d’eux trouve une personne qui leur tend la main pour les sortir de leur situation, Natsuki Takaya montre aussi à quelles extrémités les êtres humains peuvent arriver lorsqu’ils se sentent désespérés et seuls au point de vouloir en finir définitivement. Lorsque Chihiro raconte l’histoire de sa petite amie Sakura, qui a tenté de se suicider en se pendant à un cerisier (« Sakura » en japonais signifiant « fleur de cerisier ») pour échapper à la brutalité et au rabaissement moral de son père, sans doute que le lecteur sentira une pointe au cœur devant tant d’impuissance. La réalité nous saute aux yeux alors que des passages d’une douce cruauté défilent devant nous.

Une dualité symbolique : Sakuya/ Sakura

Twinkle Stars est construit à partir d’une dualité fondamentale entre l’héroïne, Sakuya et en quelque sorte son « double » Sakura. Chacune d’elles représente des sentiments différents, deux chemins de vie aussi différents, qui convergent malgré tout par la rencontre d’Aoi Chihiro. Si on entend juste parler de Sakura tout le long du manga jusqu’aux derniers tomes, on sent son ombre planer dans les pensées de Chihiro et dans la tête de Sakuya, qui voit en elle sa rivale. Elle sait qu’elle ne pourra jamais avoir la place de son double, elle se résigne d’ailleurs à cet état de fait. De plus, on remarque que toutes deux s’opposent, aussi bien dans leurs caractères que dans leurs rôles dans l’histoire : « C’est vrai qu’il m’est arrivé de voir Sakura à travers elle, bien qu’elle n’ait pas tout à fait le même caractère. » Ainsi, Sakuya représente en quelque sorte l’ « espoir ». Chihiro le dit lui-même :

« Quand j’y pense, Sakuya m’a toujours tiré vers le haut. » (Tome 6)

« (…) Pourquoi ce monde est-il aussi sombre, glacial et sans espoir ? Je m’enfonce simplement dans les ténèbres. Pourtant tu as toujours été là, souriante… Alors que toi aussi, tu as connu la tourmente. Crois-tu qu’un monde meilleur existe vraiment ? Si moi aussi j’arrivais à le croire… Si j’arrive à le croire… je pourrais peut-être m’en sortir ? » (Tome 6)

Elle représente tout le contraire de Sakura, qui a baissé les bras après avoir trop subi de violence, et de mépris de la part d’autrui. Quand Chihiro hésite à propos de Sakuya, il se rappelle le passé que Sakura a partagé avec lui. Ils ont vécu et traversé ensemble des épreuves, et il n’arrive pas à se détacher de son souvenir, toujours rattaché à elle par la souffrance. Si Sakura est dans le coma après sa tentative de suicide, et Chihiro se sent coupable de s’en être éloigné, il a l’impression de ne pas avoir avancer. Sans cesse alors, au moment où il arrive un peu à penser qu’il peut changer de vie, Sakura se rappelle à lui : Il pense ainsi au sujet de Sakuya : «  Quand [elle] souri[t], quand [elle] es[t] à mes côtés, j’ai l’impression que je pourrais m’en sortir et que le monde est en fait un peu plus doux que ce que je croyais. » Pourtant l’image de Sakura se superpose immédiatement et lui fait comprendre que tout cet « espoir » ne serait en fait qu’illusion : « Ce n’est qu’un rêve. Un monde pareil n’existe pas. » (Tome 6)

Par ailleurs, on peut aussi retrouver cette dualité dans ce que Sakura et Sakuya représentent aussi : Sakura « fleur de cerisier » symbole d’une beauté éphémère, alors que Sakuya, aspire à un ailleurs, à un infini dans lequel elle parvient non sans mal à se réaliser : membre du club d’astronomie, elle écoute les étoiles chanter, celles qu’elle montre à Kanadé lors de leur cohabitation, celle qu’elle offre à Chihiro pour lui montrer qu’il n’est pas seul. De même, à la différence de Sakura, qui est celle qui reçoit de la part de Chihiro, lorsqu’elle est avec lui, Sakuya lui donne surtout ce qu’il a pu donner à la première. Chacun de nous souhaite partager son fardeau avec quelqu’un d’autre.

Dans toutes ces relations, des échanges équivalents se nouent, chacun est en quelque sorte la bouée de secours d’autrui. Comme pour le manga de Fruits Basket, on assiste ici à une histoire qui se déroule au gré de personnes qui interagissent entre elles, avec pour pont d’ancrage l’héroïne, Sakuya. Et comme point commun avec Tohru, l’héroïne du shojo à succès de Natsuki Takaya, Sakuya est aussi une jeune fille particulièrement chaleureuse, qui renferme ses faiblesses et ses souffrances au fond d’elle, quitte à s’oublier pour aider les autres.

Conclusion

Twinkle Stars est donc un shojo d’une subtilité extrême et d’une grande douceur. Les thèmes abordés sont graves, mais traités avec finesse. Les personnages peuvent paraître moins attachants que pour Fruits Basket mais les 11 tomes parviennent quand même à poser l’histoire de sorte qu’on puisse entrer dedans et se laisser emporter dans un concentré doux-amer de sensibilité et de mélancolie.

 

Sources : Wikipédia, Nautiljon.